Les mots de Tal Madesta

Après l’écoute du podcast d’un « Coeur sur la table » de Victoire Tuaillon, je tenais à poursuivre ma réflexion sur la révolution amoureuse à mener pour sortir de hétéronormativité, dans laquelle je ne me retrouve déciment pas. J’ai donc lu « Désirer à tout prix » publié aux éditions Binge, et je me suis remise à table. Je souhaitais commencer par l’essai de Tal Madesta dont je suis le travail via Instagram et ses nombreuses interviews et articles depuis quelques années déjà.

Nous sommes cerné.es de tous les côtés par une image émancipatrice de la sexualité, forcément désirable, et par l’idée que la non-conformité à cette norme est pathologique.

Force est de constater qu’au sein de ma sphère amicale principale, les questions du désir et de la sexualité sont omniprésentes et monopolisent souvent une grande partie de nos soirées, à coup d’anecdotes cocasses, de rires mais aussi de débats. Cependant, certain.es de ces mêmes ami.es semblent observateurices, et cela me gêne parfois pour elleux, cette arrogance espiègle de notre expérience quand iels n’en ont pas ou plus. J’ai donc cherché que faire de cette injonction à la sexualité et à la performance, dont je cherche moi-même à me détacher pour des relations plus sereines.

Mais ce que cela sous-entend, si l’on tire le fil, c’est qu’un corps qui a des difficultés à jouir est un corps qui va devoir optimiser son fonctionnement, et que les marchés économiques peuvent répondre à ce besoin en proposant la consommation de biens et de services spécifiques.

Bien évidemment cet essai n’apporte pas de méthode clef en main, mais explique que la société capitaliste et patriarcale a fait du sexe un marché et de la non-sexualité une pathologie… pour le meilleur de son profit, et le pire de notre épanouissement. Nous ne serions pas tous des obsédés sexuels, des asexuels, ou des déviants… simplement des êtres sociaux se construisant et se positionnant en rapport à une norme, littéralement incorporée.

Comme si la sexualité n’était qu’une question d’état d’esprit, de volonté, de curiosité, c’est à dire comme si elle était décorrélée de toute emprise exogène et de tout rapport de domination et d’exploitation. 

Ce qui m’a particulièrement plu dans cet essai, outre la limpidité du propos et qu’il affermit mes propres convictions, c’est le point de départ donné à cette injonction au désir : le noyau familial reposant sur un couple hétéro et ses enfants, le modèle normatif par excellence, autour duquel nous nous construisons tous et toutes, point de mire de nos subconscients. Personnellement ça me donne envie de continuer à détruire la notion de couple à coup de truelle.

Le couple hétérosexuel est une institution qui permet d’exploiter les femmes à large échelle. Et c’est pour cela qu’on peut l’hétérosexualité comme la main gantée du capitalisme, dont l’objectif ne pourra jamais être la révolution, sexuelle, ou autre. 

Qui pourra encore dire après cette lecture que l’intime n’est pas politique ?

C’est court et percutant, mais comme je n’en ai pas encore assez je m’en vais poursuivre mes réflexions avec « Sortir de l’hétérosexualité » de Juliet Drouar, afin de rêver à « un monde où être sexuel n’est plus inscrit comme une condition préalable a la normalité ou à l’intimité. », et où paradoxalement, nous pourrions construire des relations hétérosexuelles – ou non – respectueuses de qui nous sommes.

Il me semble paradoxal, et c’est un euphémisme, de ne pas penser le féminisme en des termes anticapitalistes. Quelle émancipation est possible lorsqu’il y a structurellement, socialement et culturellement une soumission au marché.

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