Les mots d’Emile Ajar

Michel Cousin recherche désespérément quelqu’un à aimer. Terriblement seul il adopte un python qui l’enserre et l’enroule de son impassibilité, il se nommera Gros-Câlin, et portera sur ses mues successives toute la solitude de son maître.

L’amour est peut-être la plus belle forme du dialogue que l’homme a inventé pour se répondre à lui-même.

Michel Cousin est notre narrateur. Il nous raconte les frasques de son existence pathétique. Parler aux objets, prendre tous les jours l’ascenseur avec la femme qu’il rêve d’épouser sans jamais engager la conversation, escorter des personnes aveugles et voler des frites dans les assiettes de ses voisins au restaurant, sont ses astuces quotidiennes pour adopter un semblant de sociabilité.

Michel est tendrement ambivalent, tristement insupportable. De son observation du monde se dégage une poésie singulière, une bienveillance réconfortante, mais aussi, paradoxalement, une arrogance et une étroitesse d’esprit particulièrement dérangeante. Il repousse avec véhémence toutes les mains tendues, incapable de comprendre la sollicitude comme le mépris, ne laissant personne percer sa carapace d’excentricité.

C’est un livre drôle, tendre et triste, que j’avais du lire petite car je l’ai reconnu dès les premières pages. Les réflexions du personnage sont souvent absurdes, sa parole hors propos et l’on sent sa fragilité, ses efforts maladroits pour garder la face.

Il y a une mortalité terrible chez les sentiments.

L’écriture d’Emile Ajar est remplie d’allégories sublimes qu’on veut immédiatement retenir et recopier sur un cahier. Des coups d’éclats de quelques mots qui portent notre lecture.

C’est un roman qu’on dévore d’une traite, mais dans lequel je n’ai pas trouvé le caractère réconfortant qu’on m’avait promis. J’ai froncé les sourcils, j’ai souri, mais j’ai surtout éprouvé beaucoup de pitié pour ce personnage qui symbolise à lui tout seul un paroxysme de solitude absolument terrifiant.

Il y a autour de moi une absence terrible de creux de main.

Avez-vous lu Gros-Câlin  ?

Etes-vous familier de cet auteur aux deux Goncourt ?

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