Les mots de D.H Lawrence

Des années que ce livre m’intriguait, par ses nombreuses adaptations cinématographiques et son parfum de scandale. C’est un petit reportage autour de sa censure de 30 années et des nombreux procès pour en permettre finalement la publication en Angleterre et aux USA, qui m’a décidée à lire L’amant de Lady Chatterley.

Mariée à un riche propriétaire infirme, Connie s’ennuie et ne supporte plus de ne passer ses journées confinée avec les mots et les idées de son époux. A se promener dans les bois pour passer le temps, elle entame une relation des plus charnelles avec un homme, s’échappant de plus en plus souvent de la sinistre demeure où elle est enfermée.

Ils sont incapables de vivre, ils ne font que frustrer la vie.

Tous les personnages campés et profonds, gagnent en épaisseur au fil des pages. Loin d’être une Mme Bovary anglaise, Connie se démarque dès les premières pages par la liberté de son éducation, ses choix sont toujours réfléchis et assumés. Si son corps livre bataille à l’immobilisme intellectuel, véritable chape de plomb sur son couple, si la passion l’emporte finalement, tout est raisonnable, car c’est le portrait d’une femme qui décide simplement de vivre sa vie et de ne pas se condamner au malheur, malgré les mœurs de son époque.

Son destin était-il donc de se mouler dans sa vie à lui jusq u’à la fin de ses jours, à elle ? Rien d’autre ?
N’y avait-il que cela ? Elle devrait se contenter de tisser avec lui une vie équilibrée, fait d’un tissu uniforme, mais peut-être, à l’occasion, brodé d’une petite fleur d’aventure? Mais comment pouvait-elle savoir ce qu’elle serait dans un an ? Comment est-ce jamais possible ? Comment pouvoir dire « oui » ? Oui pour des années ? Un petit oui si léger à prononcer ! Pourquoi se laisser épingler par ce mot-papillon ? Il fallait le laisser voltiger, bien sûr ! Quitte à le faire suivre d’autres oui et d’autres non ! Comme un cortège de papillons.

J’ai adoré la montée en puissance du récit, l’évolution progressive des personnages, qui chacun à sa façon se fait violence pour sortir du rôle qu’on lui a assigné. L’amant est certainement le plus surprenant, on lui doit une fin époustouflante et magnifique, qui en clôturant le roman, nous invite immédiatement à le relire.

Le flux et le reflux de nos affections est en réalité ce qui conditionne notre existence. D’où l’importance des romans, si l’on sait les utiliser. Ils peuvent nous instruire et nous orienter dans notre affection, ou inversement, la détourner de ce qui est mort pour nous. Ils sont incapables de nous révéler les lieux les plus secrets de l’existence. Car les passions secrètes sont l’élément dans lequel doit baigner notre conscience, pour se purifier et se renouveler.

Ce livre est brillant, magnifique. Un coup de cœur en ce début d’année. Bien sûr, il comporte de nombreuses scènes de sexe, ce qui lui valut tout autant son succès que son scandale : ces échanges crus, fugaces ou passionnés, cristallisent merveilleusement bien les rapports humains et décrivent de manière prodigieuse l’orgasme féminin. Mais le plus captivant dans ces pages, et certainement ce qui a le plus émoustillé les censeurs, est la critique de la société anglaise du début du 20ème siècle. D.H Lawrence mène un combat quasi lyrique contre l’intellectualisme de son temps. A travers l’aventure anecdotique d’une jeune femme bien mariée, il raconte le monde moderne qui gonfle et gangrène déjà la société par ses mots et chiffres sonnants et rutilants, et lui oppose une escapade viscérale, un retour à la nature salvateur. Un roman résolument moderne.

Mais les hommes sont insensés. Quel homme ayant une parcelle d’honneur oserait se décharger entièrement sur une femme de la terrible responsabilité de la vie ?

Un coup de coeur que je vous conseille vivement de lire.

Connaissez-vous ce classique scandaleux ou ses adaptations cinématographiques ?

L’amour et un cocktail : les deux choses duraient à peu près autant l’une que l’autre, avaient le même effet, et à peu près la même signification.

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