Les mots de Faïza Zerouala

Le livre de Zerouala Faiza donne la voix à celles qu’on n’entend jamais. Des femmes derrière des voiles, interdites de plateau télévision et d’espace public, totalement invisibilisées et pourtant au centre de tous les débats, sans que jamais elles ne puissent dire qui elles sont. Elles sont la part identifiable de l’Islam, facile à pointer du doigt, à mépriser et à accuser de tous les maux de la société, ces femmes qui ne demandent pourtant qu’à se faire oublier. Certainement les personnes les plus stigmatisées et prises à partie de France, que l’on peut enfin rencontrer dans ces pages.

Dix femmes françaises témoignent. De 18 à 58 ans. Mariées, divorcées, célibataires. Étudiante, Cheffe de projet, youtubeuse beauté, femme au foyer ou de ménage, professeure de Français, Auto-entrepreneuse… Portant le hijab, le hijeb, simple foulard ou niqab, voir dévoilée… Toutes musulmanes, couvertes par conviction intime, souvent désapprouvées par leur famille qui craint pour leur réussite scolaire et professionnelle, bien consciente des discriminations liées au port de cet accessoire de tissu.

Ces dix femmes ont toutes en commun de s’être voilées d’elle même, de l’avoir fait pour vivre pleinement leur foi, pour appliquer certains versets du Coran – qu’elles n’interprètent d’ailleurs pas toutes de la même façon-. Elles ont en commun de subir les regards et remarques de tout à chacun, alors même que leur désir est de gagner en discrétion. Elles doivent ruser pour continuer à le porter tout en restant des femmes actives. Certaines ont pleinement réussi à allier vie professionnelle et port du foulard, d’autres ont fait des compromis mal vécus, une d’elle s’est presque totalement retirée de la vie du dehors, ne pouvant vivre sa foi pleinement que dans la sphère intime.

Ces témoignages déconstruisent bon nombres de préjugés à l’égard des femmes voilées, qui ne sont  pas un modèle unique de femme soumise et privée de liberté par une autorité masculine, sacro-saint fantasme de nos autorités politiques. Elles ont toutes un parcours unique, où l’homme a d’ailleurs peu de place, puisque le choix du voile leur est à chaque fois personnel, totalement autonome de toute autorité, si ce n’est celle d’Allah.

Cette enquête est édifiante. Je me suis reconnue dans beaucoup de témoignages, révoltée par les discriminations liées au foulard, bien représentatives de l’appropriation des corps féminins : paradoxe constant entre hypersexualisation, et injonction à se couvrir, mais pas trop et surtout pas les cheveux. D’autres témoignages m’ont bousculée, tant la définition de liberté et d’autonomie défendue est à l’opposée de la mienne. Mais jamais il ne me viendrait à l’idée d’ostraciser ses femmes qui se battent chaque jour pour être qui elles sont, en dépit du rejet en bloc de la société.

Ces témoignages devraient être lus par le plus grand nombre à l’heure où l’islamophobie semble s’enraciner durablement dans notre pays. Ces témoignages devraient avoir toute leur place dans les débats télévisés, où l’on statue sur leur cas, sans jamais leur donner voix.

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