Les mots de Toni Morrison

L’écriture de Toni Morrison compte pour moi depuis de nombreuses années. Ses romans ont été des expériences de lecture difficiles et innovantes, d’une rare force, car le sens ne se donne pas d’un coup, mais s’étoffe dans les ramifications sensorielles de l’imaginaire du lecteur. Ses œuvres de fiction m’ont amenée à m’intéresser à l’autrice. Jusqu’à sa disparation en Août dernier, je surveillais avec attention son actualité et regardais dès que possible ses interviews, développant peu à peu une solide admiration pour sa personne.

La source de l’amour-propre est un recueil de textes écrits par l’autrice au cours de sa vie : discours, essais, entretiens… regroupés en trois parties : La Patrie de l’étranger / Black Matter(s) / Le langage de Dieu. Ces textes traitent majoritairement de l’art (d’écrire mais pas que) et de l’imbrication entre art et politique (notamment l’art étiqueté afro-américain, étiquette dont elle n’aura elle-même jamais pu se départir), s’appuyant sur ses propres expériences de vie et de travail.

Le matériau dont peut naître un nouveau paradigme de lecture et d’écriture sur la littérature existe déjà. Les écrivains ont déjà dit adieu à l’ancien. A l’ancre raciale qui immobilisait la langue et ses possibilités d’invention. Comme se serait original si, dans ce cas, la vie imitait l’art. Si j’avais pu accorder cet entretien télévisé reflétant le vrai travail de ma vie. Si, en fait, je n’étais pas une étrangère (douée d’une race), mais une fille du pays, qui appartenait déjà à la race humaine. 

C’est une lecture exigeante, à lire par bribes, car débordante de réflexions pointues sur des sujets différents d’un texte à l’autre. Ces mots apportent un éclairage plein d’humanité sur le monde, et notamment sur le contexte socio-politique et culturel des USA. On en apprend beaucoup sur l’Histoire, l’esclavage, les femmes, le temps, les médias… Toutes les idées avancées s’appuient sur des arguments précis, historiques ou personnels, factuels ou allégoriques, nous permettant de nous familiariser avec cette femme et son œuvre.

J’ai particulièrement été émue par son discours de cérémonie à l’Université de Sarah Lawrence, dans lequel elle s’adresse à ses étudiants, j’ai été épatée par la pertinence de certains de ses constats et prémonitions quant à l’usage du monde dans les années 90 et qui sont toujours d’actualité, j’ai embrassé sa vision de l’art comme remède à nos maux individuels et collectifs.

C’est un recueil que je vous recommande si vous n’avez pas peur de vous frotter à une écriture ardue, brute et sincère, si vous voulez en apprendre plus sur son œuvre romanesque.

Avez-vous déjà lu Toni Morrison ?

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.