Les mots de Wajdi Mouawad

Cela faisait quelques années que je n’avais pas lu Wadji Mouawad. Découvert à l’adolescence avec sa trilogie théâtrale Littoral, Incendies et Forêts, il a tout de suite fait partie de ces auteurs qui comptent, dont les mots touchent une viscéralité inhérente à chacun. Je n’avais pas pu m’en décrocher tout de suite, il m’avait littéralement estomaquée.

Avec Visage retrouvé, le dramaturge se fait romancier. Il garde dans cette histoire décousue, cette même verve virulente qui raconte la réalité avec brutalité. Ses mots sont durs et jetés. Son univers onirique et froid. La beauté repose dans l’interstice de liberté qu’offre l’imaginaire.

Le jour de ses 14 ans Wahab ne reconnaît plus le visage de sa mère. Il se met alors à tricher, il se met alors à fuguer, persuadé d’être fou, il fuit.

Mais je m’en fous de devenir un homme, répondit Wahab, ce que je veux, c’est continuer à reconnaître les gens qui m’entourent ? qu’ils ne deviennent plus pour moi des étrangers. Je veux qu’ils sachent toujours qui je suis, et je veux savoir toujours qui ils sont. Je ne veux pas faire semblant de reconnaître le monde autour de moi. Je ne veux pas faire cet effort. Je n’ai jamais eu à le faire. Je ne veux pas commencer, vous comprenez ? Devenir un homme ! Je m’en fous tellement, vous pouvez pas vous imaginer! »

Wajdi Mouawad n’a pas son pareil pour décrire la violence des bouleversements de l’adolescence. Assailli de questions, Wahab ne peut s’accrocher à aucun des autres personnages de passage, flous et inconstants, qui tantôt lui apportent la colère, tantôt la beauté. Lire ce récit c’est pénétrer dans une nébuleuse inconfortable, de cauchemars enfantins qui grandissent en maux adolescents. C’est se sentir à l’étroit face à l’inexplicable, ne pas comprendre comme Wahab, le remplacement de sa mère par une femme à la longue chevelure blonde, et y percevoir une magnifique métaphore du rapport conflictuel aux parents.

Tout cela n’a pas existé. Ce serait un bon titre de film. Avec un beau titre : l’arrivée à l’hôpital. Mais ce n’est pas un film. La preuve : il n’y a pas de musique. Dans un film, il y a toujours de la musique. Le héros pleure : il y a de la musique. Il marche dans la rue : il y a de la musique. Là, pas de musique. Pas de consolation. La vie sourde. Mes pas dans la neige. Mon souffle. La vie malgré tout. Toujours malgré tout. Ce n’est pas un film. Pas même un cauchemar.

J’ai aimé retrouver la plume tant affectionnée de l’auteur à travers cette fiction en soubresauts et dérangements. Je vous invite grandement à découvrir le travail de Wajdi Mouawad, peut-être pas en partant à la recherche du Visage Retrouvé, mais en passant par le théâtre.

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