Les mots de Stendhal

Dans le cadre d’un remplacement au Lycée à la rentrée, j’ai eu la joie, que dis-je le privilège, de passer mes vacances à relire ce classique stendhalien, ce pavé de dualité, ce livre qui aura certainement inspiré Jeanne Mas : Le Rouge et le Noir.

Si j’avais pu choisir, j’aurais certainement privilégié La Princesse de Clèves dans la liste des trois romans imposés, plus court et abordable pour des élèves de 1ère. Mais qu’importe, j’ai redécouvert cette œuvre canonique que j’avais déjà lue bien tard pour la première fois… pas avant mes 24 ans.

Se sacrifier à ses passions, passe; mais à des passions qu’on n’a pas! O triste dix-neuvième siècle.

Et je sors bien mitigée de cette relecture : Que c’est long ! Mais que c’est croustillant ! Que c’est politique ! Que c’est ridicule et drôle… J’ai eu bien du mal à m’y replonger, même si je gardais un souvenir savoureux de la capture de main de Mme de Rênal sous les yeux de son mari.

Jamais il ne fera ni un bon prêtre, ni un grand administrateur. Les âmes qui s’émeuvent ainsi sont bonnes tout au plus à produire un artiste.

D’abord je trouve Julien Sorel assez insupportable. Il est présenté comme un personnage victimisé par sa famille, sans véritable épaisseur et dont on nous fait entrevoir dès les premières pages la méchanceté inhérente à son caractère, son « air de fausseté et presque de friponnerie naturel à sa physionomie. » Je n’ai donc pas vraiment d’empathie pour ce héros, qui se laisse porter, embaucher chez le maire de Verrières pour donner cours à ses enfants et bientôt la faire à sa femme, par jeu.

… je me dois à moi-même d’être son amant…

L’amour pour Julien est un combat, un devoir militaire, une victoire à remporter pour se donner les moyens de son ambition, pour laquelle il ne recule devant rien : « il eût fait, pour arriver à la fortune, des choses bien autrement pénible. » Difficile dès lors de croire à la sincérité de ses sentiments, même lorsqu’il tombe à genoux, pleurant sur le canapé bleu sur lequel s’assoit toujours son amante. Très peu réaliste finalement, mais terriblement cocasse.

Une fille ordinaire, se disait-elle, eût cherché l’homme qu’elle préfère, parmi ces jeunes gens qui attirent tous les regards dans un salon mais un des caractères du génie est de ne pas traîner sa pensée dans l’ornière tracée par le vulgaire.

La seconde partie du livre a ravivé mon intérêt car on y rencontre Mathilde. Sa deuxième victime. Une jeune fille à l’âme romanesque irrésistible, dont l’orgueil n’a d’égal que l’inconstance de sa passion, dans laquelle elle se vautre, en mémoire de lointains ancêtres. Et là encore, on monte à l’échelle, on se coupe les cheveux, on se défie à l’épée, et on écrit des lettres de délations. Jouissif.

Qu’est-ce qu’un amour qui fait bâiller ? Autant vaudrait être dévote.

Il faut savoir, si vous vous attaquez à ce pavé, qu’il ne s’y passe pas grand-chose… et c’est ce qui fait certainement le génie de cette œuvre : on accède tour à tour aux pensées de chacun des personnages, découvrant leurs sentiments, désirs et états d’âmes, mais toutes les actions sont éludées : sexe, duel et guillotine se passent de narration. La voix que je préfère est sans conteste celle du narrateur omniscient, celle qui me raccrochait quand mon intérêt décroissait par son ironie, voir son mépris des personnages et du récit : « Tout l’ennui de cette vie sans intérêt que menait Julien est sans doute partagé par le lecteur. Ce sont là les landes de notre voyage. ». A mourir de rire.

Ce roman est celle de l’ascension sociale tragique d’un petit paysan ambitieux devenu noble, par le mérite de ses charmes. Une réussite que l’on sait funeste par les nombreuses mises en abyme de la mort de Julien tout au long du roman : des indices qui, s’ils passent sans doute inaperçu pour le lecteur qui découvre l’histoire, sont des habilités narratives dynamisantes lors d’une relecture.

Je ne vois que la condamnation à mort qui distingue un homme, pensa Mathilde, c’est la seule chose qui ne s’achète pas.

A la lecture de cette chronique je me dis que le bilan est finalement plutôt positif. Si l’on prend le parti de tourner les relations amoureuses désuètes, et les intrigues politiques inextricables, en dérision, cette Chronique du XIXème, qui se targue de dépeindre « La vérité, l’âpre vérité », pourra certainement vous faire passer un bon moment de lecture, tout en vous instruisant sur les réalités socio-politiques de l’époque.

Tel est le malheur de notre siècle, les plus étranges égarements même ne guérissent pas de l’ennui.

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

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