Les mots de John Kennedy Toole

Ignatus Reilly est une Drama Queen obèse moustachue entichée d’une casquette de chasse verte disgracieuse. Ignatus vit enfermé dans sa chambre à se vautrer, en chemise en flanelle rouge, dans ses beignets devant des émissions de TV débilitantes, à vilipender sur le monde en perdition dans ses cahiers. Il martyrise sa mère qui l’a trop gâté, et à la moindre contrariété s’en remet à son anneau gastrique pour échapper à ses responsabilités. C’est un personnage insupportable de mauvaise fois, dont la théâtralité n’a d’égale que son asociabilité. Le jour où il sort chercher du travail, l’ordre établi trépasse… tout tourne en catastrophe.

Destin hideux s’il en fut : il devait désormais affronter l’ultime perversion: ALLER AU TRAVAIL.

La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole est certainement le livre le plus drôle que je n’ai jamais lu. Et pour dire je l’ai déjà lu deux fois. Offert à bon nombre de proches qui s’en sont régalés. Les personnages plus hauts en couleurs les uns que les autres : mère alcoolique, policier déclassé, mari maltraité, secrétaire sénile, vagabond, tenancière pornographe… gravitent tous autour d’ce gros fou d’Ignatus. Participent tous de ses frasques coquasses et hilarantes.

— Ignatius, qu’est-ce que c’est que toutes ces saletés sur le plancher ?
— C’est ma vision du monde que tu vois là. Il reste à l’organiser en un tout cohérent, alors fais attention où tu mets les pieds.

Impossible de ne pas vous laisser séduire par cette fresque de la société américaine quichottesque, dont le héros, sous couvert de redresseur de torts, est une grossière catastrophe ambulante. Un être gargantuesque et terrifiant, dont la symphonie intestinale est un échappatoire à la vraie vie.

Ignatius, quant à lui, était confortablement et intelligemment vêtu. La casquette de chasseur le protégeait des rhumes de cerveau. Son volumineux pantalon de tweed était durable et permettait une liberté de mouvement peu ordinaire. Ses plis et replis emprisonnaient des poches d’air chaud et croupi qui mettaient Ignatius à l’aise. Sa chemise de flanelle à carreaux rendrait inutile le port d’une veste et le cache-nez protégeait ce que Reilly exposait de peau au col et oreillettes. La tenue était acceptable au regard de tous les critères théologiques et géométriques, aussi abstrus fussent-ils, et dénotait une riche vie intérieure.

Ce classique de la littérature américaine vaut son pesant de bonne humeur. C’est un récit burlesque et argotique, où la tragédie humaine d’êtres inadaptés est tourné en un carnaval irrésistible.

Courez-y !

C’est un livre remarquable, bourré de cynisme et de jeux de mots. Un livre qui vous fera vous esclaffer et passer pour fous dans les transports en commun.

Décidé à ne fréquenter que mes égaux, je ne fréquente bien évidemment personne puisque je suis sans égal.

Ignatus et sa casquette de chasse verte, resteront, comme Holden Caulfield et sa casquette rouge, des effronteries dans votre mémoire, des débauches dans votre quotidien, des voix inconvenantes par lesquelles regarder le monde qui vous entoure.

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