Le manga reportage de Atsuhiko Nakamura et Bargain Sakuraichi

La virginité passé 30 ans est l’adaptation en manga par Toshifumi Sakurai d’une enquête du journaliste et sociologue Atsuhiko Nakamura sur les « puceaux tardifs ». Ces hommes qui n’ont toujours pas eu de rapport charnel passée la trentaine, de plus en plus nombreux au Japon, déversent leur rancœur dans les établissements de service à la personne, hantent les speed dating et les concerts de girls band tout juste pubères.

Ce manga reportage est triste, affolant, révoltant.

Les hommes rencontrés et interviewés ont développé des troubles communicationnels suite à différents types de harcèlements, les coupant progressivement de la société, les marginalisant : quant ils ratent leur suicide, ils deviennent tantôt des otakus accros aux séries de midinettes, tantôt des ratés tyranniques. Le constat est glaçant et vient confirmer que le Japon n’est pas un pays où il fait bon s’épanouir sexuellement, où la solitude est un monstre terrifiant enfermant les plus faibles dans une détresse psychologique irréversible.

Chaque chronique est illustrée, et nous laisse pénétrer le quotidien moribond des huit puceaux tardifs sur lesquels s’appuie cette étude. Les personnages sont presque tous répugnants, vautrés dans leur mauvais caractère et leur pet. Si l’on pourrait croire à une caricature grotesque le journaliste note « la ressemblance frappante entre les personnages et leurs homologues de chair et d’os ». Ces personnages sont de vraies personnes, et c’est en cela que ce manga est édifiant, qu’il fait rire de gêne, réfléchir et s’apitoyer. Il n’est en rien une distorsion de la réalité, mais un véritable témoignage : il donne une voix à ceux qui sont dans l’incapacité physique de la prendre, une existence à ceux qui ont renoncé à la leur.

C’est une lecture pour public averti, entre sociologie et manga : entre chiffres, pourcentages et dessins d’hommes ingrats qui suent et bandent rageusement. Une lecture qui m’a fait réagir physiquement par la crudité des dessins, le misérabilisme des scènes représentées.

Une découverte originale que je dois au Club de Lecture que je viens d’intégrer. Un ovni des éditions Akata qui, bien qu’il dresse un portrait extrêmement sombre d’une partie de la société japonaise, aura le mérite de vous faire relativiser sur votre vie sociale, amoureuse et sexuelle.

L’avez-vous lu ?

Connaissez-vous le travail de ce journaliste ou de ce mangaka ?

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