Les mots de Julien Dufresne-Lamy

Entrez dans le bal en cotillons et paillettes des Queens new-yorkaises. Chaloupez sur les pistes emperruquées des clubs fardés de poudre et de lumière. Faites-vous happer, par la danse irrésistible des mots, de deux drag queen.

La première, Lady Prudence, celle de l’émergence. Fille d’Angie Xtravaganza, qui flambe et scintille dans la naissance de cet art de faux-cils et vols à l’étalage. La deuxième, Mia de Guadalajara, celle de la vulgarisation, celle de la génération Ru Paul Drag Race, des likes sur Instagram et de la médiatisation. Celle qui n’a ni la même sexualité, ni la même histoire.

Maintenant que tu es père, tu crois que tu ne seras plus jamais malheureux.

Jolis Jolis Monstres est un duo. Deux voix d’hommes pour raconter la difficulté de ressembler à une femme. Deux personnages de fiction bouleversants, dont les récits respectifs témoignent avec justesse du milieu Drag à deux périodes différentes. Avec James, on assiste à l’hégémonie des grandes maisons Xtravaganza, Labeija, Saint Laurent… On entre dans une famille burlesque et pétaradante, où les strasses magnifient l’homosexualité, maquillent les traits fatigués du SIDA, où le travestissement est un exutoire, un double exubérant pour exister vraiment. Avec Victor, on s’enrôle dans des gangs, on découvre l’amour et la prison, avant la petite robe qui changera tout. Une révélation, personnelle et médiatique. Une acceptation.

Tu sais, Victor, le monde te voit comme un parjure. Le monde t’en veut. C’est normal. Tu vis dans une culture viriliste où la masculinité est une monnaie d’échange qui vaut plus que l’or. En mettant une robe, tu commets le plus grand acte de trahison possible.

J’ai adoré ce livre, que je n’ai pas pu m’empêcher d’acheter car l’univers drag m’a toujours fascinée. J’y ai retrouvé l’impulsion, la rage de vivre, les mots et les faits-divers scabreux du désormais canonique Paris is Burning : documentaire que je vous invite fortement à voir ou revoir, avant, pendant ou après votre lecture pour la corroborer. Les mots de Julien Dufresne-Lamy, sont d’une justesse déconcertante. Son roman est documenté, mot pour mot, on entend s’exprimer et interagir les différentes figures phares du mouvement, comme Dorian Corey et Vénus Xtravangaza, on reconnaît les yeux de Madonna, les poses de Ninja, les yeux révulsés de Michael Alig, on éprouve toutes leurs rencontres et leurs excès. Subjugués.

– Nous ne sommes personne. Seulement des hommes dans des robes.

Depuis les chorégraphies chez Sally, tu les comptes, tous ces êtres partis sous la grêle. Tu les écris en toutes lettres dans ton album de mort. Quatre cent cinquante-cinq monstres. Quatre-cent cinquante sourires. Neuf cent dix lèvres, oreilles, poumons. Quatre mille cent cinquante doigts. Et en illusions perdues, ça fait combien ?

La narration est ficelée. Poignante sans pathos. Le mélange entre réalité et fiction est parfaitement maîtrisé. Ce roman fait illusion. Il travestit le réel grâce à l’art des mots, il y ajoute des personnages comme autant de postiches pour faire vrai. Il sublime, il irradie, il déborde des faits avérés pour les rendre tangibles au lecteur. Ce livre est un monstre, composite et magnifique.

– Le principal est que j’étais là. Vivante. J’ai ramassé assez de vie pour être au monde et c’est ton tour maintenant. Profites-en. Mets ton maquillage, enfile tes tenues de soirée. Raconte tes belles histoires. Mais surtout prends soin de toi autant que tu peux.

Avant de partir, je te regarde une dernière fois. Je ne dis rien, mais je sais. Je sais que l’un sans l’autre nous serions morts.

Ou pire. Inchangés.

Une expérience que je vous recommande avec procession.

Prenez-la pause et entrez dans cette fabuleuse famille.

L’avez-vous lu ? Connaissez-vous cet univers de papillons de nuits ?

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