Les mots de Sawako Ariyoshi

Les dames de Kimoto sont au nombre de trois. Tour à tour jeunes filles puis femmes, ces trois générations d’une même famille, racontent les traditions japonaises ancestrales qui, emmaillotées dans un Kimono de soie, doucement s’effilochent.

De mère en fille, de grand-mère en petite fille, chacune des protagonistes s’accommode ou se révolte contre le destin qu’on lui a assigné, ce destin qui passe nécessairement par le mariage, des alliances familiales arrangées pour la pérennité d’un nom.

Le Kishû, où coule le fleuve Ki,
Est un pays très boisé. 
Vous qui y cherchez une femme 
Prenez la plus belle des fleurs ;
La demoiselle Kimoto du mont Kudo
Qui éclipse toutes les autres.

Il plane dans ce roman un suspense latent. On espère une éclosion de certaines relations, qui finalement restent sagement dans leur lit-cage, seul les rivières débordent du leur, emportant des villages lointains. L’oncle restera cet homme taciturne, bien à l’ombre des passions qu’on lui espérait. Hanah se conformera, impassible, à son rôle de femme parfaite sans que la vie n’entache jamais sa beauté. Les mutineries adolescentes seront finalement étouffées, et c’est seulement la grande Histoire, celle de la 2nde guerre mondiale qui viendra physiquement affecter le rayonnement de la famille Matani.

Elle se sentait comblée car, seule, la femme qui avait réussi à se faire aimer par sa belle mère pouvait se vanter d’avoir conquis sa famille. C’était un exploit dont une femme pouvait-être fière.

Le livre de Sawako Ariyoshi est une immersion dépaysante dans les traditions du Japon. A l’aube du XXème siècle, le monde s’accélère et bouscule l’immuabilité des coutumes, jusqu’à faire vaciller le sempiternel schéma familial. L’histoire de la famille Matani est un récit captivant pour rendre compte de l’évolution des mœurs japonaises. Le séïsme mutin qui s’immisce de mère en fille fait des révolutions succinctes une affaire de femmes.

C’est un livre flegmatique : les accidents de vie se succèdent sans heurt ni cris, dans une certaine apathie propice à la contemplation des paysages et du temps qui passe. Les tumultes sont toujours retenus et l’ont accède rarement aux sentiments nus des personnages. L’écriture de l’autrice se conforme à une bienséance qui participe à merveille de l’ambiance du livre. La narration omnisciente reste pudique, comme les yeux baissés de la mariée le jour des noces.

Lisez les dames de Kimoto si vous voulez vous plonger dans une page d’Histoire romancée, où les personnages féminins mènent une danse discrète mais décisive.

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