Les mots d’Amin Maalouf

Prix Goncourt 1993, Le Rocher de Tanios d’Amin Maalouf est un conte magnifique dont l’écho se déverse des montagnes Libanaises, aux côtes Chypriotes, à nos oreilles subjuguées.

La parole du sage s’écoule dans la clarté. Mais de tout temps les hommes ont préféré boire l’eau qui jaillit des grottes les plus obscures.

Librement inspiré du meurtre d’un patriarche au 19ème siècle, l’auteur nous plonge au cœur de conflits, celui des Montagnards libanais dressés les uns contre les autres, celui des Britanniques et des Français venus au Liban prolonger les guerres napoléoniennes, celui des Ottomans et de leur fanatisme.

Ce roman comporte l’émerveillement captif des mythes, l’odeur de Jacinthe sauvage des récits d’Orient, la subjugation d’une Histoire transportée à dos de mule, de bouche en bouche. C’est un récit sur le pouvoir : l’efficience rayonnante d’une hégémonie confortablement assise et ses tentations de chair, ses enfants et ses filiations malheureuses, ses alliances fraternelles et ses ambitions gâchées de remords et de vengeance. Les personnages masculins évoluent sous les yeux passifs de Lamia, femme à la beauté inégalable, une mère qui assistera, sans jamais ployer sous les bras qu’elle soutient, à la déflagration des générations.

Tanios est notre Héros, sans le vouloir, choisi par les autres, désigné par les bruissements des habitants, ces cigales aux oreilles, que les puissants ne peuvent ignorer. Choisi par le destin pour que l’Histoire du village Kfaryabda se transforme en légende, et arrive jusqu’à nous. Du mystère étouffé de sa naissance, à sa soiffe d’apprendre et de s’émanciper, jusqu’à son exil, Tanios personnifie les déchirements de sa montagne natale.

Sur les pas de Tanios, que d’hommes sont partis du village depuis. Pour les mêmes raisons ? Par la même impulsion, plutôt, et sous la même poussée. Ma montagne est ainsi. Attachement au sol et aspiration au départ. Lieu de refuge, lieu de passage. Terre du lait et du miel et du sang. Ni paradis ni enfer. Purgatoire. 

J’ai été captivée par ce roman qui mêle habilement, et dans une langue sublime, la narration interne d’un témoin dont on ne sait rien, le point de vue omniscient qui nous permet d’accéder à la fragilité de chacun des protagonistes, et des extraits d’« authentiques documents », des chroniques d’érudits qui relatent les faits historiques dont ils ont eux-mêmes été acteurs. La construction de la narration participe de cette vraisemblance, et l’on sort de cette lecture enivré d’avoir accédé à une part d’ailleurs si terrible, enjolivée, mystifiée…

Les faits sont périssables, crois-moi, seule la légende reste, comme l’âme après le corps, ou comme le parfum dans le sillage d’une femme.

J’ai tout simplement été transportée par cette lecture, que je vous conseille vivement si vous aimez voyager confortablement installés derrière votre bouquin. J’ai découvert l’univers romanesque de l’Académicien Amin Maalouf dont, il faut bien l’avouer, je ne connaissais rien. C’est avec impatience que j’attends de lire un autre de ses romans.

L’avez-vous lu ? Avez-vous un autre de ses romans à me conseiller ?

Quel est votre dernier coup de cœur lecture ?

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