Les mots de Virginia Woolf

Le titre de l’Essai de Virginia Woolf en résume l’esprit, Les livres tiennent tout seuls sur leurs pieds, ils se suffisent à eux-mêmes et n’ont pas besoin de parures biographiques, de critiques et exégèses accessoires. Pourtant la romancière se prête à ce bal de commentaires : personnages ou auteurs nous sont présentés par le biais de sa plume élégante et critique. Ainsi Robinson Crusoé et David Copperfield, Tchekhov, Lewis Caroll et Jane Austen, sont invités, mis en lumière par l’autrice, qui, dans chaque article, équilibre parfaitement lecture singulière et apports critiques.

La vie des écrivains est frêle, modeste, sans couleurs, comme un nuage de lait écrémé au fond d’une jarre. En fouillant dans leurs tiroirs, nous n’en saurons pas beaucoup plus sur eux. Tout a été distillé dans leurs livres.

Virginia Woolf est ici lectrice, elle nous écrit qui elle aime et s’interroge sur les manières de lire un livre : « Après tout, quelle règle pourrait-on promulguer au sujet des livres ? (…) Nul ne peut le dire. Chacun doit décider pour lui-même. » Elle ne s’érige pas en figure d’autorité mais questionne la représentation des auteurs, la réception de leur oeuvre individuelle et critique : pourquoi certains d’entre eux sont considérés comme majeur, se prévalent d’une certaine hégémonie par rapport à d’autres ?

De tout les livres ceux qui cherchent à imprimer en nous le fait qu’un grand homme est encore vivant parce qu’il a vécu ici ou là n’ont aucune raison d’être, Thackeray et Dickens n’ont rien à voir avec les demeures terrestres, ils habitent en nous.

A travers ses questionnements, l’autrice dresse un portrait édifiant du milieu littéraire et éditorial du début du XXème siècle : le lectorat se diversifie, les livres se multiplient, la lecture n’est plus réservée à la middle class, mais accessible à tous. L’apparition de ce marché du livre est sujet à débat avec son mari : Est-ce qu’on écrit et publie trop de livres ? Une discussion particulièrement intéressante dont elle défend le versant positif, à l’inverse de son conjoint qui y voit une déliquescence de l’art d’écrire.

L’art est le premier luxe qui devient inutile lorsque rien ne va politiquement ; l’artiste est le premier des travailleurs à en souffrir. Mais intellectuellement aussi il dépend de la société. Elle n’est pas seulement son trésorier mais son mentor. Et si le mentor est trop occupé ou trop distrait pour exercer ses facultés critiques, l’artiste va travailler dans le vide, son art va souffrir, et peut-être mourir, car il ne sera plus compris.

Comme à chaque fois que j’ouvre un Essai ou un roman de l’autrice, j’ai envie de recopier l’intégralité de ses réflexions tant elles me semblent intemporelles. Les mots de Virginia Woolf sont accessibles à tous, il n’est pas besoin d’avoir fait des études de Lettres pour s’interroger comme lecteur, bien que j’ai davantage saisi et apprécié les articles traitant œuvres que j’avais moi-même côtoyés.

Les mots ne vivent pas dans les dictionnaires ; ils vivent dans l’esprit. Et comment vivent-ils dans l’esprit ? Exactement comme les humains, en étant changeants, mystérieux, en errant, de-ci de-là, en tombant amoureux, en s’accouplant.

Un coup de cœur dévoré en deux heures que je recommande à tous les amoureux des mots, et de celle qui nous préconisa une chambre et l’écriture comme épanouissement.

Avez-vous déjà lu cette autrice ?

Quel autre essai ou roman d’elle me conseillerez-vous ?

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